Macron parie sur « des taux d’intérêt très bas » pour financer son plan d’investissement : est-ce bien raisonnable ?

LEWEB 2014 - EVENT - OFFICIAL VISIT - EMMANUEL MACRON (FRENCH MINISTER FOR ECONOMY INDUSTRY AND DIGITAL AFFAIRS) - EIFFEL DOCK
Emmanuel Macron au salon Le Web, le 11 décembre 2014 (Crédits : Flickr//CC/leweb3)

Emmanuel Macron a présenté jeudi 23 février dans Les Échos le cadrage économique et budgétaire de son projet. Il y propose :

  • 60 milliards d’euros d’économies sur le quinquennat
  • un plan d’investissement de 50 milliards d’euros, à propos duquel il explique :

« Financé par des taux d’intérêts très bas, notre plan d’investissement permettra de réduire nos dépenses avant la fin du quinquennat et de soutenir notre croissance potentielle. C’est cela qui améliorera la soutenabilité de notre dette. »

Dans un contexte d’augmentation des taux d’intérêts des emprunts effectués par le gouvernement français, est-ce bien raisonnable pour Macron de baser le financement de son plan d’investissement sur « des taux d’intérêt très bas » ?

« Taux d’intérêt » : de quoi parle Emmanuel Macron ?

Les marchés financiers et les investisseurs ont l’habitude d’observer les événements politiques, notamment dans les grands pays comme la France. Selon le risque qu’ils sont prêt à prendre, les taux d’intérêt, donc le prix de l’argent, varient. Les taux d’intérêt sont considérés comme la rémunération du risque pris par un agent économique. Plus l’Etat à l’endroit duquel le prêt est contracté présente des risques de non-remboursement, plus les taux d’intérêt sont élevés et donc plus il devient cher d’emprunter.

Début février, l’Etat français finançait sa dette avec des taux d’intérêt à 1,13% à 10 ans, son plus haut niveau depuis les dix-sept derniers mois. Ils se sont maintenant rapprochés de 1,1% à la mi-février. De plus, l’écart entre les taux d’intérêt de la France et ceux de l’Allemagne – communément appelé le spread – s’est creusé pour atteindre 0,81% mi-février. Cet écart semble faible mais c’est le plus important depuis quatre ans : les marchés financiers ont aujourd’hui plus confiance en l’Allemagne qu’en la France. A première vue, la situation n’est donc pas propice à des « taux très bas ».

La présidentielle inquiète les marchés, donc les taux d’intérêt augmentent

Pour justifier cette hausse des taux, il est souvent mis en avant un effet « Le Pen ». L’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen et de la sortie de la France de la zone euro (Frexit), l’une des mesures phares de la candidate du FN, inquiète les investisseurs qui tablent sur des effets négatifs qui rendrait l’économie française plus instable. Ainsi, l’institut Montaigne, libéral et proche de la droite, prévoit une augmentation des taux d’intérêt dans une enquête publiée sur le programme de Marine Le Pen. Les marchés financiers voient dans la politique que le Front National un risque, et décideraient donc d’augmenter le prix auquel ils seraient prêt à prêter de l’argent.

L’incertitude de la politique menée par Donald Trump peut aussi avoir des effets sur l’Europe, donc sur les taux d’intérêt français. Toutefois, on ne peut se baser ici que sur des projections.

La dette française reste malgré tout un produit apprécié des investisseurs

La remontée des taux s’observe sur des périodes courtes mais ne reflète pas une frilosité générale des investisseurs à prêter à la France. Comme le relève Le Monde, « la dette française s’arrache toujours autant ». Selon le quotidien généraliste, une fois l’élection passée, les taux varieront moins et le spread reflètera surtout la confiance en l’économie française par rapport à celle de l’Allemagne.

Les prévisions de l’OCDE s’orientent plutôt vers un scénario de maintien des taux à un niveau bas. Quand la moyenne pour la zone euro est fixée à 0,6% à long terme, la France se situe autour de 0,2%. Ce maintien serait donc une bonne nouvelle pour la France qui emprunterait donc à bas coût sur le marché.

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Prévisions des taux d’intérêt à long terme des obligations d’Etat de 10 ans (Source : OCDE)

Un pari conditionné à la victoire

Baser le financement de son plan d’investissement sur « des taux d’intérêt très bas » peut se révéler un pari gagnant pour Emmanuel Macron…s’il gagne la présidentielle. L’hypothèse de sa victoire n’inquiète pas les marchés, elle ne conduirait donc pas à l’augmentation des taux d’intérêt.

Le candidat se base donc sur la confiance en sa propre élection à l’Elysée. A l’inverse, si Marine Le Pen venait à l’emporter, les marchés pourraient s’affoler et « l’effet Le Pen » influerait sur le niveau des taux. Mais dans ce cas, ce n’est pas le programme d’Emmanuel Macron, ni le plan d’investissement de 50 milliards, qui seraient mis en oeuvre.

Loris Boichot et Charles Bonnaire

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