Les adhérents font-ils vraiment la force d’un parti, comme le dit Mélenchon ?

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Il l’a affirmé non sans fierté lors de sa réunion publique à Strasbourg, le 15 février dernier. Il l’a également rappelé à Benoît Hamon dans la lettre qu’il lui a adressé deux jours plus tard, afin de lui proposer un rendez-vous. Jean-Luc Mélenchon est formel : la France insoumise regroupe 250 000 membres et serait ainsi « le premier mouvement politique du pays ».

Le propos de Jean-Luc Mélenchon est ambiguë. S’il affirme que la France insoumise est le premier mouvement politique du pays, mouvement au sens strict, il dit vrai. Il dépasse largement le mouvement d’Emmanuel Macron, En Marche!, qui compte à ce jour près de 195 000 adhérents. Cependant, si Jean-Luc Mélenchon inclut dans son discours tous les partis politiques français, il se trompe. Il serait alors derrière Les Républicains, parti qui cumulait déjà 275 000 adhérents revendiqués en octobre 2016. En revanche, il dépasserait largement le Parti socialiste qui comptait en novembre dernier 120 000 adhérents, dont seulement 42 300 à jour de cotisation selon des informations du Canard Enchaîné.

Un recensement difficile

L’exemple du Parti socialiste illustre la difficulté de connaître les chiffres réels d’adhérents aux partis politiques français. Il n’y a aucune méthode de calcul officielle, alors chacun y va de sa propre interprétation. En cela, le nombre d’adhérents à un parti politique est à prendre avec précaution, ne représentant pas de manière réelle son poids électoral. Concernant le « mouvement citoyen » de Jean-Luc Mélenchon, il faut également considérer que son mode d’adhésion diffère de celui des partis politiques traditionnels. En effet, il est possible à tout un chacun d’adhérer à La France insoumise, directement en ligne, en donnant simplement son adresse mail ainsi que son code postal.

Le procédé est d’une simplicité déconcertante, bien plus encore que celui pour adhérer au mouvement d’Emmanuel Macron, qui nécessite davantage d’informations obligatoires (nom, prénom, sexe, âge, adresses mail et postale, numéro de téléphone). De manière optionnelle, il est également possible d’indiquer sa profession ainsi que ses centres d’intérêt. Et, pour finir, une case doit être cochée : « Oui, j’adhère à la charte et j’ai pris connaissance des règles de fonctionnement d’En Marche ». Il est donc plus facile et rapide de devenir un insoumis qu’un marcheur, bien que les deux modes d’adhésion disposent du même atout, un atout de taille : la gratuité. L’absence de cotisation à payer constitue un biais dans le nombre total d’adhérents qui ne doit pas être omis.

Capture d’écran du site internet jlm2017 le 19 février 2017
Capture d’écran du site internet jlm2017 en date du 19 février 2017

Les adhérents ne sont pas les électeurs

Si Jean-Luc Mélenchon se félicite de ses 250 000 membres à La France insoumise, reste qu’en novembre et janvier dernier, près de 4 millions de votants se sont déplacés pour voter à la primaire de la droite et du centre, et un peu moins de 2 millions à celle de la Belle Alliance Populaire de la gauche. Une primaire à laquelle le candidat de la gauche radicale a refusé de participer. Il ne peut donc pas s’appuyer sur ces millions d’électeurs, à l’instar de François Fillon et de Benoît Hamon sortis vainqueurs.

Au final, le nombre d’adhérents d’un parti ou d’un mouvement politique est-il proportionnel aux scores obtenus au premier tour de la présidentielle ? Pas si sûr. Lors de la dernière élection présidentielle de 2012, par exemple, l’ordre d’arrivée des candidats au premier tour diffère du classement de leur parti ou mouvement en nombre d’adhérents.

Source : ministère de l’Intérieur
Source : ministère de l’Intérieur

En prenant les scores des deux premiers, à savoir François Hollande et Nicolas Sarkozy, investis respectivement par le Parti Socialiste et l’UMP (actuel Les Républicains), on note que ce dernier disposait de davantage d’adhérents que le président élu (et ce même en ajoutant les 10 000 adhésions revendiquées par le Parti Radical de Gauche, soutien du PS lors de cette élection).

Note : Nombre d’adhérents à jour dans leur cotisations revendiqués par les différents partis ou mouvements en 2012. Les chiffres du MODEM, parti de François Bayrou, ne nous sont pas parvenus. Le Front de Gauche, mouvement de Jean-Luc Mélenchon, était composé du Parti communiste (130 000 adhérents) et du Parti de gauche (12 000 adhérents). Source : Directions des partis et mouvements.

Là encore, si l’on compare en nombre d’adhésions les chiffres du Front National de Marine Le Pen et ceux du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il est intéressant d’observer l’écart du score obtenu au premier tour de l’élection présidentielle. Une comparaison qui montre que le rapport de force quant aux nombres d’adhérents ne correspond pas toujours à celui des urnes.

Chloé Berthod et Elise Denjean

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